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4 juillet 2005
Au Maroc, deux islamistes accusés de terrorisme viennent d'être condamnés à la peine de mort.

Depuis 1993, aucun prisonnier n'a été exécuté sur le territoire marocain, qui pratique ainsi un moratoire de fait. Cependant, un tribunal de Rabat vient de condamner à mort deux hommes accusés de "constitution de bande criminelle dans le but de commettre des actes terroristes". Les observateurs internationaux attendent avec impatience une abolition définitive dans ce pays, qui deviendrait ainsi le premier pays arable à interdire le recours à la peine de mort (...)

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14.08.2005
Interview de Yann Barte, créateur du premier site internet uniquement consacré à la peine de mort au Maroc.


Revoltes.org : Journaliste établi à Casablanca, vous venez de créer le premier site Internet consacré à la peine de mort au Maroc. Quel est le but de cette démarche ?

Yann Barte : Sensibiliser et informer sur la question de la peine de mort au Maroc, en recensant les articles, dépêches traitant de la question, ainsi que les initiatives en faveur de son abolition. Le site est destiné à tous ceux, désireux de s’informer ou de travailler sur le sujet. Il s’agit aussi d’accompagner un débat tout juste naissant sur cette question au Maroc.

Le site est tout neuf. Il va bien sûr évoluer. Cette initiative sera, je l’espère, suivie de plusieurs autres… jusqu’à l’abolition.

Revoltes.org : Quelle est la situation de la peine de mort au Maroc ?

Yann Barte : Elle est tout à fait paradoxale. Alors même que le pays n’a effectué aucune exécution depuis 1993, faisant ainsi partie des pays abolitionnistes ‘‘de facto’’, il continue à multiplier les condamnations à mort.

 
 

Après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, le royaume a encore élargi les champs d’application de la peine capitale.

En dépit de ces signes de mauvais augure, il semble que nous nous dirigions à court ou moyen terme vers son abolition. La réforme pénale est à l’ordre du jour et les déclarations officielles émanant du ministère de la Justice semblent plutôt encourageantes.

Revoltes.org
: ...Et plus généralement dans les pays arabes ?

Yann Barte : C’est simple, on ne compte aucun pays abolitionnistes parmi les pays arabo-musulmans. On n’y compte pas non plus – c’est vrai - beaucoup de démocraties! Le Maroc, certainement celui qui est allé le plus en avant dans cette transition démocratique, pourrait être cette exception en même temps que le premier pays arabe abolitionniste. Le frein ne semble pas d’ordre religieux. Il n’y a d’ailleurs aucune référence religieuse dans le droit positif marocain. Beaucoup de pays arabes auraient à gagner en terme d’image à abolir définitivement la peine de mort. Il en est ainsi de la Palestine sur laquelle l’Europe, premier soutien financier du monde, fait actuellement pression depuis la reprise des exécutions qui ont suivi la mort de Arafat.

Le Maroc fait aussi partie de cette sphère « Afrique » de plus en plus sensible aux arguments abolitionnistes. La tendance s’est accéléré ces dernières années. Depuis 1990, en Afrique, l’Afrique du Sud, le Mozambique, la Namibie, l'Angola, la Guinée-Bissau, Djibouti, l'Ile Maurice, la Côte d'Ivoire et dernièrement le Sénégal ont rejoint le camp abolitionniste. D’autres y songent. Le Maroc ne peut être indifférent au mouvement abolitionniste planétaire.

Revoltes.org : Existe-t-il des associations abolitionnistes actives au Maroc et quel est leur travail ?

Yann Barte : Une coalition d’associations s’est constituée fin 2003. Cette coalition abolitionniste regroupe aujourd’hui sept ONG parmi lesquelles l’Observatoire Marocain des Prisons, l’AMDH, l’OMDH, le Forum marocain pour la Vérité et la Justice, le Centre pour les Droits des Gens (CDG), l’Association des barreaux d’avocats au Maroc et la section marocaine d’Amnesty International. Le travail de ces associations va bien au-delà de cette seule question de la peine capitale, attentives à la situation des droits de l’homme en général. L’Observatoire des prisons, à l’origine de cette coalition informe ainsi depuis des années sur la situation carcérale, en contact permanent avec les détenus et en collaboration avec la Direction générale des prisons. Ces associations qui ont lancé cette année une campagne nationale font aussi du lobbying auprès des politiques.

Revoltes.org : Est-il aisé d'obtenir des informations sur ce sujet auprès des autorités marocaines ?

Yann Barte : Les journalistes travaillant au Maroc le savent bien : les données statistiques sont extrêmement difficiles à obtenir au Maroc, et ce, quel que soit le sujet. L’idée perdure que l’information statistique sera nécessairement utilisée de façon subversive. Un vieux réflexe archaïque consiste donc à les conserver jalousement… pour n’en rien faire. Concernant l’univers carcéral, les chiffres existent, même s’ils ne sont pas totalement à jour. Il est toujours possible de se les procurer. Depuis quelques années, les prisons se sont ouvertes et ont gagné en transparence. L’administration pénitentiaire a aussi souhaité collaborer avec les ONG. On sait ainsi que le Maroc compte aujourd’hui près de 150 condamnés à mort, hommes et femmes

Revoltes.org : Comment est perçu votre travail ? A-t-on tenté de vous intimider ?

Yann Barte : Cette initiative est perçue de façon plutôt favorable. Je n’ai eu à déplorer que quelques réactions marginales décevantes de confrères journalistes grincheux (pour ne pas dire racistes) qui se demandaient de quel droit j’osais parler, en tant que simple résident au Maroc. L’universalité des droits de l’homme est loin d’être une idée universellement admise !

Je ne fais pas de militantisme politique à proprement parlé, mais en tant que journaliste, (indépendant de surcroît) j’ai évidemment des sujets qui me tiennent davantage à cœur. Je les développe si l’occasion m’en est donnée. Je dois dire qu’avant 2003, le sujet était loin de passionner les rédactions. « Je ne pense vraiment pas que ce soit une priorité » me répétait-on partout. Depuis, les choses ont évolué. Sans être une priorité, le sujet intéresse. Pour ce qui est d’intimidation, non je n’en ai connue aucune jusqu’à présent. Le Maroc n’est pas la Tunisie ! On s’y exprime et on y travaille en tant que journaliste à peu près librement.

Revoltes.org : Comment se positionne l'opinion publique marocaine ? Existe-t-il des sondages impartiaux et précis sur le sujet ?

Yann Barte : Il n’existe à l’heure actuelle aucun sondage sérieux sur le sujet. La population marocaine est d’ailleurs très rarement sondée sur des sujets politiques. Les seuls réalisés à ma connaissance étaient des sondages en ligne, sans valeur scientifique. Ces « sondages », montraient chaque fois une majorité abolitionniste. Je pense que l’opinion publique est encore relativement indifférente à cette question qui ne constitue pas pour elle aujourd’hui un enjeu politique d’importance. Un débat télévisé sur la 2ème chaîne nationale, la 2M, marque la sortie de la question de la sphère restreinte des associations droitsdelhommistes. C’est une première qu’il faut saluer.

Revoltes.org : Comment pourrait évoluer la situation au Maroc ? Que disent les politiques ?

Yann Barte : Les politiques se taisent. D’ailleurs en dehors du Palais, les partis politiques n’ont généralement souvent pas grand chose à dire. Ils sont paradoxalement assez inexistants sur la scène politique. Peu ont pris position jusqu’à présent (à part le PPS, les Verts et quelques autres). Les islamistes eux-mêmes restent étrangement silencieux sur le sujet. Il semblerait que sur cette question, comme sur beaucoup d’autres, les partis attendent simplement le signal royal. C’est le suivisme qui prime, jamais l’audace politique. Quant au gouvernement, il semble penser que le sujet n’a pas encore suffisamment mûri. La société civile marocaine a alors assurément un rôle politique à jouer.


Pour en savoir plus

http://peinedemortaumaroc.over-blog.com
Site Internet conçu par un journaliste établi à Casablanca, uniquement consacré à la question de la peine de mort au Maroc





 

 

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